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Togo : Le journaliste Narcisse Prince Agbodjan tire la sonnette d’alarme pour la presse privée et plaide pour une fiscalité adaptée

©️Jeune Togo – (Lomé, le 11 mai 2025) – A l’occasion de la Journée Internationale de la Liberté de la Presse, célébrée le 3 mai dernier, le journaliste togolais Narcisse Prince Agbodjan a lancé un cri du cœur poignant sur l’état alarmant de la presse privée dans le pays.

Dans une tribune incisive intitulée « Pour une fois, indignez-vous ! », il dénonce une situation critique marquée par la précarité économique, une fiscalité jugée « agressive », une aide publique insuffisante et une « répression larvée ».

M. Agbodjan n’hésite pas à dresser un tableau sombre de l’écosystème médiatique togolais. Il souligne que de nombreuses entreprises de presse sont « à genoux », contraintes de fermer leurs portes ou de publier de manière irrégulière, le tout dans une « indifférence générale ». Il critique vivement la répartition de la publicité, qu’il qualifie de « monopole de quelques privilégiés » accordée selon des « liens affinitaires ».

L’économie des médias, encore fragile, est selon lui en train de s’effondrer, emportant avec elle la « dignité de la profession ».

Le journaliste met en lumière le poids des charges fiscales qui pèsent sur les entreprises de presse privée, les soumettant aux mêmes régimes que les entreprises commerciales ordinaires, une situation qu’il juge injustifiable compte tenu de leur « mission d’intérêt général ». Il pointe également du doigt la rigidité du régime de déclaration du personnel médiatique à la Caisse nationale de sécurité sociale. Si la pandémie de COVID-19 a exacerbé ces difficultés, M. Agbodjan insiste sur le rôle de « l’indifférence et l’inaction collective » qui portent « les coups de grâce » à un secteur déjà fragilisé.

Face à cette situation préoccupante, Narcisse Prince Agbodjan appelle à un sursaut de conscience et à une mobilisation collective des acteurs médiatiques. Il exhorte ses confrères à « s’indigner » et à « refuser d’être complices de leur propre destruction ». Il insiste sur la nécessité de parler d’une « seule voix », de dépasser les divisions et les intérêts personnels pour engager un débat constructif et proposer des solutions concrètes.

Parmi les recommandations formulées par le journaliste, figure en tête de liste l’exonération fiscale pour les entreprises de presse privées. Il plaide également pour l’instauration de mesures spéciales de soutien, telles que la détaxe sur les intrants et l’annulation des arriérés d’impôts.

L’adoption d’un statut spécial pour les entreprises de presse au Togo, la création de coopératives de journalistes pour mutualiser les ressources, et la protection effective de la liberté de la presse sont également mises en avant.

Un point spécifique est soulevé concernant la détaxation des intrants d’imprimerie et des matériels de production et de diffusion médiatique. M. Agbodjan appelle à l’adoption du décret d’application de la Convention de Florence (1950) et du Protocole de Nairobi (1976), ratifiés par le Togo en 2009, afin de réduire significativement les coûts de production.

Pour marquer la gravité de la situation, le journaliste suggère l’organisation d’une journée « presse morte », durant laquelle les journaux ne paraîtraient pas, les sites web cesseraient de publier et les radios et télévisions resteraient silencieuses. Cette action collective viserait à sensibiliser l’opinion publique et les autorités à l’urgence de la situation.

Narcisse Prince Agbodjan conclut son appel vibrant en insistant sur l’importance de l’indignation pour la survie de la profession, pour les jeunes aspirants journalistes et pour le droit des citoyens à une information libre, plurielle et indépendante. Il s’abstient de souhaiter une « bonne célébration » de la Journée Internationale de la Liberté de la Presse, laissant transparaître son amertume face à la réalité qu’il décrit.

 

 

Mensah ASSOGBAGUE
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