La Une

Affaire Togo 24 vs Cabinet HED Consult : Le journaliste Mensah Assogbague se dessaisit de son avocat pour « trahison »

©️Jeune Togo – (Lomé, le 7 janvier 2026) – À quelques jours d’une audience décisive prévue le 8 janvier 2026, le directeur de Togo 24, Mensah Assogbague, a annoncé la rupture immédiate de sa collaboration avec son conseil, Maître Amegan Kokou Claude. En cause : des griefs de conflits d’intérêts et de négligences graves qui fragilisent la défense du journaliste dans ce procès en appel pour diffamation.

​Nouveau coup de théâtre dans le feuilleton judiciaire opposant le média d’investigation Togo 24 au cabinet HED Consult. Par une correspondance officielle datée du 28 décembre 2025 adressée au Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT), Mensah Assogbague a notifié le dessaisissement, avec effet immédiat, de son avocat, Me Amegan.

Une « perte de confiance critique »

​Le journaliste ne mâche pas ses mots pour justifier cette séparation brutale. Dans son courrier, il invoque une « rupture de confiance » découlant de plusieurs manquements déontologiques.

​Le grief le plus sérieux concerne une audience tenue le 12 juin 2025. Alors que Me Amegan s’était fait représenter par un assistant, il aurait été aperçu, le jour même, en discussion avec la partie civile, Monsieur Ahoomey-Zunu Holali Agbemefa, dans l’enceinte de la Cour d’Appel.

Selon des sources proches du dossier, la preuve de cette rencontre fortuite a été apportée par la partie civile elle-même. M. Ahoomey-Zunu Holali Agbemefa a en effet contacté le journaliste le 12 juin 2025 pour l’informer de sa présence à la Cour d’Appel de Lomé et de ses échanges avec Maître Amegan. Cette source précise que, bien que présent dans l’enceinte de la Cour d’Appel, le plaignant ne s’était pas présenté à la barre lors de l’audience. Interpellé sur ces faits le jour même, Maître Claude Kokou Amegan a formellement confirmé la tenue de cet entretien.

Pour le prévenu, cette proximité informelle entre son propre conseil et son adversaire constitue une « trahison » et un « conflit d’intérêts manifeste ».

D’autres reproches viennent alourdir le dossier :

​Négligence procédurale : Lors de l’audience du 13 novembre 2025, l’avocat aurait été absent à la barre alors qu’il se trouvait physiquement dans le tribunal.

Rétention de documents : Des pièces cruciales pour la défense n’auraient jamais été transmises à la Cour malgré les instructions du client.

​Gestion complaisante : Le journaliste dénonce une attitude trop conciliante vis-à-vis de la partie adverse, nuisant à ses intérêts judiciaires.

​M. Ghislain Koffi Nyaku, Directeur Exécutif du Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT) — organisation de référence dans la défense des droits de l’Homme et la promotion de la bonne gouvernance — a déclaré avoir pris acte du dessaisissement signifié par le directeur de Togo 24. Il a précisé qu’une phase de concertation sera prochainement engagée avec Maître Amegan afin de clarifier la situation.

Un calendrier judiciaire sous haute tension.

​Ce changement de défense intervient dans un climat particulièrement instable. Depuis l’ouverture du procès en appel en juillet 2024, la procédure est marquée par une série de reports et de zones d’ombre. Jusqu’en septembre dernier, la partie civile brillait par son absence, avant de réapparaître soudainement en novembre, au moment même où la défense du journaliste se trouvait désorganisée.

​Il s’agit par ailleurs du deuxième avocat dont se sépare Mensah Assogbague depuis le début de cette affaire, après Me Ferdinand Ekouévi Amazohoun.

La liberté de la presse en filigrane

​Au-delà de la bataille de procédure, de nombreux observateurs de la société civile s’inquiètent de la tournure des événements. Ce dossier est perçu par beaucoup comme une tentative d’intimidation visant à étouffer économiquement un journal d’investigation.

​L’audience du 8 janvier 2026 sera donc un test majeur pour la Cour d’Appel de Lomé. Le journaliste, désormais contraint de réorganiser sa défense dans l’urgence, attend la restitution de l’intégralité de ses pièces pour espérer un procès équitable. La décision de la Cour sera scrutée de près : elle devra arbitrer entre le droit à la protection de la réputation et l’impératif de la liberté d’informer au Togo.

Rappel des faits : Un article à 250 millions de francs CFA

Tout commence le 15 juillet 2022. Le journal Togo 24 publie une enquête intitulée : « Des tickets falsifiés vendus aux touristes à la Cascade de Womé (Source locale) ». S’estimant lésé, le Cabinet HED Consult engage des poursuites judiciaires pour diffamation.

Si la Haute Autorité de la Communication et de l’Audiovisuel (HAAC) a décliné toute compétence dans ce dossier, le tribunal d’instance à compétences civile et correctionnelle de la ville de Kpalimé est allé vite, et fort. Le 7 juin 2023, après 11 mois de procédure, le journaliste est condamné à verser la somme vertigineuse de 253,8 millions de F CFA (dont 250 millions au titre de dommages et intérêts), un montant jugé « disproportionné » et « punitif » par les organisations de défense des droits de l’homme.

 

La Rédaction

#Jeune Togo , le 4eme Pouvoir

Contact : +228 99 31 31 08 / 70 68 61 61

E-mail : info@jeunetogo.tg  

Site web : www.jeunetogo.tg

 

jeunetogo

Jeune Togo, le Journal de la Décentralisation, de la Gouvernance et des Finances Locales. Contacts : +228 90 80 89 89 / 99 31 31 08 E-mail : infotogo24@gmail.com

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page

Ceci fermera dans 0 secondes